Comment je suis devenue Guide Polaire : Formation, compétences et conseils de terrain
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Quand j’ai commencé à faire des saisons en tant que guide dans le nord du Canada, je savais déjà que je voulais passer davantage de temps dehors et partager ces paysages avec d’autres voyageurs. J’encadrais des sorties en chien de traineau, en randonnée raquettes, en kayak et des soirées d'observation des aurores boréales. Mais aimer le froid et connaître un terrain ne suffisent pas à préparer une sortie, à prendre une décision pour un groupe ou à réagir quand les conditions changent.
J’ai donc cherché une formation pour me préparer au métier de guide en régions polaires. Il n’existe pas une seule voie pour exercer ce métier : le parcours dépend du pays, de l’activité que l’on souhaite encadrer et du type de sorties envisagé. Dans cet article je vous parle des possibilités que j’ai explorées, puis ce que m’ont apporté mes deux niveaux de formation réalisés avec Polarctika, en Laponie suédoise, puis en kayak de mer au Groenland.
Dans cet article
Que fait réellement un guide polaire ?
Le travail change beaucoup selon que l’on accompagne une randonnée en raquettes à la journée, une sortie photographique, un voyage en kayak ou un raid de plusieurs semaines. Dans tous les cas, il faut préparer un itinéraire, suivre la météo, connaître les risques propres au milieu, adapter le rythme au groupe et savoir renoncer si les conditions l’imposent.
Il faut aussi savoir raconter le lieu. Reconnaître une empreinte dans la neige, expliquer une aurore boréale ou donner des repères sur l’histoire et les peuples de l’Arctique fait partie de l’expérience que l’on propose aux voyageurs. L’Arctique et l’Antarctique ne sont pas interchangeables, et les cultures sámi et inuit désignent des peuples et des territoires différents : apprendre à guider demande aussi de prendre ces nuances au sérieux.
Les formations pour devenir guide polaire
Il existe plusieurs voies, qui ne délivrent ni les mêmes compétences ni les mêmes droits d’exercice.
À Longyearbyen, au Svalbard, l’Arctic Nature Guide est un cursus universitaire d’un an, à temps plein, porté par l’UiT, l’Université arctique de Norvège, en coopération avec l’UNIS. Il représente 60 crédits ECTS et associe cours, sorties de terrain et pratique du guidage. L’enseignement se fait en anglais et l’admission demande notamment une expérience pertinente ainsi qu’un bon niveau physique et de ski nordique. C’est une option à considérer si l’on peut consacrer une année entière à des études sur place.
Des formations plus ciblées permettent de travailler une activité ou une compétence précise : kayak de mer, ski et pulka, sécurité sur glace, premiers secours en milieu isolé, navigation ou encadrement de croisières d’expédition. Elles prennent leur sens dans un parcours construit en fonction des missions visées. Au Svalbard, il faut aussi vérifier les exigences locales : un système d’agrément des guides entre en application le 1er juillet 2027 pour les activités concernées hors des zones habitées. Une formation suivie ailleurs ne vaut pas automatiquement cet agrément.
Polarctika proposait la formule qui correspondait à ma situation : une longue préparation à distance, suivie d’une immersion hivernale sur le terrain, puis la possibilité d’approfondir une spécialité en expédition. Je pouvais continuer à travailler tout en préparant la première étape.
Me former au guidage à la journée avec le programme Arctik Guide de Polarctika
Un an de préparation à distance
La formation Arctik Guide de Polarctika commence bien avant l’arrivée en Laponie. Dans ma promotion, nous avons passé un an à travailler à distance, avec des réunions régulières en visioconférence. Notre guide formateur y présentait différentes thématiques et nous pouvions lui poser nos questions. Les promotions sont espacées d’environ deux ans ; mieux vaut consulter le calendrier publié par le centre pour connaître les prochaines dates.
Pendant cette période, une grande partie du travail était personnelle. Nous étudiions des thèmes et des termes liés à la faune, la flore, la géographie, l’histoire et aux explorateurs des régions polaires, dans l’Arctique comme dans l’Antarctique. Nous abordions aussi les aurores boréales et les peuples autochtones de l’Arctique, notamment les Sámi et les Inuit. J’ai découvert à quel point cette culture générale compte quand on veut donner du sens à une sortie, au-delà de la seule progression sur la neige.
Un mois sur le terrain en Laponie suédoise
Après la préparation à distance, nous nous sommes retrouvés pendant près d’un mois dans un lodge à Idivuoma, en Laponie suédoise. Nous sortions presque tous les jours soit en raquettes soit en skis nordiques accompagnés d'une pulka à tirer. Le froid, la fatigue et la lumière changeante donnaient immédiatement une autre dimension à ce que nous avions étudié derrière nos écrans.
Nous avons travaillé la navigation à la carte et à la boussole, y compris lorsque les repères deviennent difficiles à distinguer, ainsi que la lecture de la météo et l’adaptation d’un itinéraire. Nous avons appris à identifier les dangers avant de partir, puis à réévaluer la situation sur le terrain. Lors des exercices de sécurité sur glace, la question n’était pas seulement de mesurer une épaisseur : il fallait comprendre que la solidité varie selon le lieu, les courants et les conditions, puis décider si un passage est envisageable. Nous avons également pratiqué des techniques de secours en eau glacée et de bivouac d’urgence.
Il y avait aussi des apprentissages très concrets : allumer un feu sur la neige, préparer un repas chaud adapté à une journée d’hiver, construire un abri, observer des traces d’animaux ou découvrir des techniques de pêche traditionnelles sous la glace. Nous avons travaillé la photographie et la manière d’expliquer au groupe ce que l’on observe, qu’il s’agisse d’une plante, d’une empreinte ou du ciel nocturne.
Mais la question qui revenait derrière chaque exercice était : que ferais-je si j’étais responsable du groupe ? Un bon itinéraire sur le papier peut devenir inadapté si une personne a froid, si le vent se lève ou si la progression prend plus de temps que prévu. Il faut observer, communiquer, modifier le programme et parfois faire demi-tour avant que la situation ne se complique.
Les épreuves : orientation, endurance et connaissances
La formation ne s’arrêtait pas à l’accumulation d’ateliers. Une épreuve d’orientation nous a demandé de suivre seuls, pendant une journée entière, un parcours d’environ quinze kilomètres à la carte et à la boussole. C’était une façon très directe de mesurer ce que l’on sait faire sans suivre les pas d’un formateur.
Nous avons aussi eu une épreuve d’endurance : avancer le plus loin possible pour mieux connaître notre propre limite, et surtout apprendre à situer le moment où il faut garder assez de ressources pour rentrer et continuer à réfléchir clairement.
Enfin, un test écrit de culture générale portait sur les connaissances travaillées pendant l’année.
Ce premier niveau est centré sur l’autonomie et le guidage d’activités à la journée en conditions hivernales, notamment à pied, en raquettes et en ski nordique avec pulka. Il m’a donné un cadre pour préparer et encadrer ces sorties. Il ne remplace ni l’expérience accumulée au fil des saisons ni les compétences propres à toutes les autres activités.
Me former au guidage d'expédition avec le programme Expedition Leader de Polarctika
Le programme Expedition Leader de Polarctika
Après ce socle, le cursus Arctik Guide – Expedition Leader de Polarctika permet d’aller vers l’itinérance et différentes spécialités. Selon la voie choisie, il peut s’agir de progresser en kayak de mer, en ski avec pulka, ou de travailler des environnements comme les glaciers et la banquise. Je ne présente ici que le module que j’ai suivi : Guidage d'expédition en kayak de mer. Les contenus et conditions des autres options sont à consulter directement auprès de Polarctika.
Le changement essentiel, pour moi, était le passage de la sortie à la journée à la vie en expédition. Il ne suffit plus de ramener le groupe au point de départ le soir. Il faut choisir un camp, organiser l’eau et les repas, préserver le matériel, anticiper les jours suivants et maintenir une marge de sécurité quand on se trouve loin d’une aide immédiate.
Le cursus Expedition Leader de Polarctika comporte également des stages ou expériences professionnelles et une évaluation finale. Suivre le module de terrain, comme je l’ai fait au Groenland, ne signifie donc pas à lui seul avoir terminé toutes les étapes du diplôme.
Ma formation en kayak de mer au Groenland

En juin 2026, j’ai rejoint la formation Sea Kayak Expedition Leader de Polarctika dans la baie de Disko, à l’ouest du Groenland. Pendant environ deux semaines, nous avons progressé en kayak depuis Ilulissat vers le glacier Eqi, en installant nos campements au fil du voyage. Je guidais déjà en kayak de mer ; ce que je venais chercher ici, c’était la conduite d’une expédition dans un environnement arctique isolé.

Chaque journée liait plusieurs décisions : choisir une route entre les icebergs, tenir compte du vent et de l’état de la mer, estimer le temps nécessaire avant la prochaine possibilité de débarquer, puis trouver un lieu adapté pour le camp. Nous participions à la navigation, à la gestion du groupe, à la logistique et à l’évaluation des risques. Une fois les kayaks tirés à terre, la journée n’était pas finie : il restait à monter les tentes, organiser le matériel, préparer le repas et anticiper le lendemain.

Les icebergs sont magnifiques à regarder depuis un kayak, mais leur taille apparente ne dit pas tout de ce qui se passe sous l’eau. La proximité des fronts glaciaires, les changements de vent et l’éloignement imposaient de conserver des distances et des options de repli. Cette formation m’a appris à penser une traversée dans son ensemble, plutôt qu’à additionner de belles journées de pagaie.

Quelques semaines plus tard, j’ai pu mettre ces apprentissages en pratique en coencadrant une autre expédition dans la baie de Disko, avec un groupe comprenant des jeunes. La formation m’avait donné des outils ; cette expérience m’a rappelé que le métier se construit ensuite dans la préparation, les décisions partagées et l’attention portée à chaque personne du groupe.
Mes conseils pour se lancer comme guide en régions polaires
Avant de choisir une formation, je commencerais par définir la ou les activités recherchées. Guider des sorties en raquettes à la journée ou encadrer des expéditions en kayak de mer ne demandent pas exactement le même parcours par exemple. Il faut regarder le contenu réel du programme, le temps passé sur le terrain, les prérequis, les stages éventuels et les règles applicables dans le pays où l’on souhaite exercer.
Je conseillerais aussi d’acquérir de l’expérience avant et après les cours : pratiquer l’orientation, apprendre à gérer des groupes, progresser dans l’activité que l’on veut encadrer et se former aux premiers secours adaptés au terrain. La résistance au froid s’apprend, mais elle ne doit jamais devenir une manière de minimiser les risques ou la fatigue des autres.
Mon parcours est passé par le Canada, la formation hivernale en Suède, le guidage en Norvège et le kayak d’expédition au Groenland. Il continue d’évoluer. Si je devais retenir une chose de ces années, ce serait celle-ci : devenir guide polaire, c’est apprendre à prendre soin d’un groupe tout en restant curieuse du territoire que l’on traverse.




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